Jean-Christophe Vaillant
À la rigueur constructiviste, les tableaux-sculptures de Jean-Christophe Vaillant empruntent leurs formes au monde des outils de l’artisan, ceux dont les lames tranchantes (scies, couteaux, hachoirs, ciseaux…) se rangent soigneusement sur les établis ou autres installations. Inventoriées puis sélectionnées et classées, ces lames sont réinventées dans leur matière même, par l’emploi du miroir, qui neutralise par sa fragilité la fonction de l’outil au profit de l’objet devenu de contemplation, dans un geste rien moins que frivole qui est de se voir, tout en regardant. Leurs surfaces réfléchissantes, parcellaires, imposent une fragmentation tranchée, image à la fois attirante et inquiétante.














Le 10 mars 1914, une suffragette, militante du droit de vote des femmes en Grande-Bretagne, se rend à la National Gallery de Londres afin de mutiler La Vénus au miroir de Velázquez (1599-1660) en tailladant la toile à l’aide d’un hachoir. Arrêtée et jugée, elle revendique son acte comme un geste de protestation face à l’emprisonnement, la veille même, d’Emmeline Pankhurst (1858-1928), chef de file de la « Women’s Social and Political Union », qui avait été à cette occasion blessée et maltraitée. Elle déclare avoir voulu « détruire le portrait de la plus belle femme de l’histoire mythologique pour protester contre le gouvernement qui détruit Mme Pankhurst, la plus belle figure de l’histoire moderne » (The Times).
En incisant la toile avec une lame, elle anticipe de plus de quarante ans le geste iconoclaste de Lucio Fontana.














