Pour aller aux origines du travail artistique de Jean-Christophe Vaillant, il faut remonter à son enfance et à ses activités ludiques tournées essentiellement vers la construction de toutes sortes de structures et d’architectures éphémères, figuratives comme abstraites, érigées à l’aide de briques de Lego et de cubes de bois dans sa chambre « atelier ».
Hostile au milieu scolaire, il posait ainsi dans ses constructions, jusque tard dans l’adolescence, les bases d’une culture d’autodidacte. Une formation intime qui se poursuivra dans sa jeunesse par l’exploration du monde de la littérature, hors du milieu universitaire.
Il devient concepteur-rédacteur durant quelques années dans une agence de publicité, attiré par le goût du jeu, d’une certaine fantaisie, voire de la provocation, qui pouvaient faire l’attrait de ce milieu dans les années 80 et 90…
À l’occasion d’une rencontre avec la personnalité d’une agence de conseil en stratégie de marque, il crée et développe au sein de cette agence le concept de Synopsis de Marque, qui aura pour objet, sur la base de l’histoire, des valeurs et de la culture d’une entreprise, d’imaginer sous la forme de documents en images, les tendances de futures créations. Autrement dit, de tendre un miroir à une marque, qui puisse l’aider à se regarder tout en la projetant vers un avenir de nouvelles productions en cohésion avec la richesse créative de son passé.
Fort de cette expérience, il passera de la théorie à la pratique, en devenant scénographe et directeur artistique d’une agence spécialisée dans l’évènementiel pour le compte de marques situées principalement dans l’univers du luxe. Univers qui s’interroge en permanence pour savoir qui est la plus belle. « Miroir, miroir… »
La collaboration avec le monde des artisans d’art lui fait découvrir celui des menuisiers et des miroitiers…
Son travail artistique se développe, depuis quelques années, parallèlement à ses autres activités, pour devenir aujourd’hui le cœur de son ouvrage et revenir ainsi vers une vocation d’enfance qui ne disait pas son nom.

Jean-Christophe Vaillant
« Miroir tranchant comme une lame » : une sentence qui pourrait s’entendre comme un aphorisme et résumer en quelques mots un travail qui a pour sujet et pour objet le miroir.
Le miroir comme médium, utilisé comme support et surface, signifiant de par sa fonction réfléchissante, mais signifiant aussi par le choix de la représentation qui en est fait, et qui est celui inspiré de l’univers d’objets bien particuliers, celui des outils qui ont pour fonctions de tailler, trancher, découper, séparer des matières.
Bien qu’à la fin, ce miroir que je travaille, re-devient ce médium qui ne cesse d’ouvrir plusieurs « perspectives », au sens propre comme au sens figuré…
L’omniprésence du miroir dans notre quotidien, dont la réalité physique, et désormais virtuelle via la pratique banalisée du selfie, fait écho à la saturation d’images de notre époque, rend paradoxalement toujours plus difficile la perception du visible. La surconsommation ou l’omniprésence des images étant là pour nous tendre autant de miroirs où se projeter.
La représentation du miroir que je propose, renvoie sans doute à l’intime, à la figure incarnée, jusque dans l’illusion d’entrevoir sa propre chair. La chair, substance du corps humain ou animal, à l’image du tissu végétal qui compose le bois.
Une étrangeté qui peut se retourner comme une menace, dès lors que la première fonction du miroir est de donner à voir le corps, de légitimer son existence : « Nous sommes de la viande », disait Francis Bacon, « nous sommes des carcasses en puissance. Si je vais chez le boucher, je trouve toujours surprenant de ne pas être là, à la place de l’animal… ».
Le miroir est métaphoriquement une « peinture », ceinturé par un cadre qui légitime la surface réfléchissante comme espace de représentation.
Ainsi, de l’étal du boucher ou de l’établi du menuisier, je déplace, compose, ou recompose des représentations, sous formes de « tableaux » qui assument de provenir d’espaces « chaotiques » pour venir occuper, ceux, plus ordonnés de nos intérieurs, quitte à déranger.
L’outil est fait d’acier alors que le miroir est composé de verre. La force et la solidité du premier en opposition avec la fragilité du second, peuvent, dans les substitutions de matières qui sont faites, être une image du sujet devant son miroir, entre apparence et réalité, la fragilité l’emportant toujours, quelle que soit l’image que l’on se fait de soi.
Le sujet, face à ces « tableaux-miroirs », est ainsi fragmenté et découpé par l’entremise des pièces tranchantes, mises en scène de manière à ne jamais pouvoir présenter le corps en totalité, seulement par morceaux, comme autant de facettes qui composent une personnalité, dans sa complexité et ses ambivalences.